Mis à jour le 22 janvier 2019

Le Cerdd a rencontré Julie CHABAUD, responsable Mission Agenda 21 et LaboM21/LaBase au Département de la Gironde. Ses missions ? Piloter avec les acteurs locaux l'accélération des transitions sous un mode laboratoire d’innovation territoriale.

Explications !

Julie Chabaud© Julie ChabaudJulie CHABAUD a partagé, avec beaucoup de ferveur, sa réalité de terrain arrimée aux ODD. « Aujourd’hui le monde a radicalement changé, la population ressent du mal être. Faire mieux avec moins ne fonctionne pas. Comment repenser les modalités d’action dans ce monde VICA (volatile, incertain, complexe, ambigu) avec la boussole du sens ? » questionne t-elle avant d’illustrer la démarche en Gironde.

Dialoguer, problématiser, transformer nos postures et nos manières d’agir

Pour que tout le monde vive bien, la réponse de la Gironde est la transformation radicale des postures et des manières d’agir. La démarche fait peur, même après quelques années de pratique. « Nous quittons la logique d’imputabilité simple de l’action publique. "Je fais cela en tant qu’élu, ça donne ça" ».

Ici les indicateurs sont territoriaux et non imputés à une vice-présidence en particulier. Comment rendre lisible son action devant les électeurs ? Quand les indicateurs sur le social ne sont pas bons en Gironde, cela ne veut pas dire que le Département ne fait pas son travail, ni que le changement initié va transformer la situation car les conjonctures nationales et internationales ont des impacts aussi sur le territoire.
Concrètement, après six mois de dialogue, tous les acteurs du territoire (publics / privés / société civile) se sont dotés d’une boussole commune : le bien-être pour tous, aujourd’hui et demain, en visant la justice sociale et écologique. A partir de là, chaque acteur a défini sa contribution, sa part dans l’écosystème ; il devient co-responsable d’une ambition collective.

Choisir des objectifs de transformation radicale

Après la réflexion, vient l’action. A l’échelle de son territoire, l’institution ne peut pas mener, seule, une politique, comme la démarche territoire zéro carbone par exemple. Mais, à une échelle plus petite, la Gironde donne le ton, crée des espaces d’autorisation, d’expérimentation, des boîtes à outil. Elle accompagne une commune ou une communauté de communes qui a l’ambition d’une transformation radicale (100 % ou 0%). Le Département y installe un labo’mobile et déclare le territoire en ZOE (zone opérationnelle d’expérimentation).

Schema-ModeLabo-Gironde© Conseil général de Gironde

A titre d’illustration, la commune de Cussac-Fort-Médoc s’engage pour une alimentation 100 % bio et local, tous mobilisés. Dans un premier temps, ils discutent du changement à opérer pour atteindre cet objectif. Ensuite, tout le monde met son énergie pour rendre concret le chemin pour y arriver. Les parties prenantes s’autorisent à poser des cadres, à écrire des conventions, à construire de nouvelles gouvernances, à revoir même la conception de la propriété. Et si le droit n’est pas adapté au projet, alors elles font des propositions pour changer le droit.
Les réseaux d’acteurs dans chaque écosystème suivent le même processus ; chacun s’engage à faire le maximum de ce qu’il peut faire et a à cœur de permettre aux autres d’être aussi à leur maximum.

Rendre des comptes dans un rapport annuel de redevabilité

« Si nous voulons atteindre nos objectifs, nous devons travailler ensemble, et pour cela parler le même langage » précise la responsable de l’Agenda 21. Pour construire son rapport DD, la Gironde a choisi la norme ISO 26000 - et ses 7 principes de RSE - car les entreprises l’utilisaient déjà.

Nous trouvons là encore une marque de fabrique girondine : la démarche apprenante. « Tournons-nous vers ceux qui ont fait, voyons ce que cela nous apprend et ce que nous pouvons en retirer, pour aller plus vite ». Le rapport DD de la collectivité est un rapport de redevabilité où elle rend compte de sa contribution aux 17 ODD déclinés sur le territoire. Le département utilise un référentiel commun à la Région Nouvelle-Aquitaine, aux entreprises, universités, AFNOR, Scop BTP, filières…

Créer un environnement favorable à la transformation

Julie CHABAUD admet que le discours est « un peu raide », avec les expressions comme « transformation radicale » ou encore « innovation de rupture », cela nécessite de nouvelles façons d’être et d’agir appropriables, faisables et positives. « En quittant un peu le monde de la certitude où il y avait des gens formés ou élus qui savaient, nous faisons le pari du collectif. Notre job, à la mission Agenda 21, est de créer les conditions pour que les gens aient confiance dans leurs capacités à faire ensemble ».

Julie CHABAUD partage avec nous ce qui nourrit son enthousiasme : « C’est prendre le parti du vivant, le parti de la maison commune. Vous vous considérez dans un écosystème où chacun a sa place. La question est juste de requalifier la place de chacun. C’est boostant, nourrissant et en même temps apaisant ! ».

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